Depuis quelques jours, la route remonte les rivières : la Drôme, la Durance, l’Ubaye. Au départ, la Drôme des collines offre un visage plutôt lisse, quoiqu’un peu monotone avec ce temps couvert, ce mois de février et la période hors-saison. Il y a toujours un côté un peu déprimant à traverser des régions à haute fréquentation touristique estivale. Les rideaux de fer ne donnent pas franchement la pêche… Mais plus je m’enfonce dans les vallées alpines, plus les cimes s’élèvent et le paysage devient brutal et sauvage. Dans la vallée de l’Ubaye, les falaises de schiste, taillées par les glaciers des temps passés, dégringolent jusque dans le lit bleuté de la rivière. La route se fraie un passage sur ses rives, passant de l’une à l’autre chaque fois qu’un obstacle est trop difficile à éviter.

Dans les hautes vallées de l’Ubaye, je passe la nuit chez les parents de mon ami Pittolut, qui ont une maison de vacances sur les hauteurs de Jausiers, dernier gros village avant la montée au Col de Larche. On passe la soirée à déplier les vieilles cartes de la Yougoslavie et de la Turquie, datant des années 1990 et à imaginer mon itinéraire pour les semaines qui viennent. Tout le monde s’y met, les parents de Pittolut, son oncle et sa tante. Christine me met en garde contre les « sauvages » de l’Est de la Turquie et les coupe-gorges éventuels… C’est noté !

Le lendemain, c’est la montée au col. Je savais qu’il était fermé aux vélos pour cause de risques d’éboulement mais en partant vers 9h du matin, le trafic est très limité et il y a peu de chance que je croise les autorités. La gendarmerie me double dans la montée sans même freiner à ma hauteur. Ça passe ! J’imaginais un col ardu, plein de montées casse-pattes, en fait c’est ce que j’appelle un « col à camion », jamais plus de 5% de pente, joliment tracé. On prend son rythme dès le départ, et on le garde jusqu’en haut, à 1996 mètres d’altitude. J’imaginais aussi des camions par dizaines, me frôlant à me faire tomber dans les précipices. Encore une fausse idée : il n’y a pas de précipices et je croise moins d’une dizaine de camions dans le sens inverse et un seul camion me dépasse, à quelques mètres du col. Les quelques conducteurs m’encouragent, me font des pouces en l’air, klaxonnent. C’est le Tour de France en version solitaire. Au col, la neige est partout sur les pentes environnantes, les sommets culminent à plus de 3000 mètres. Soleil ! Derrière, c’est l’Italie ! Et 1100 mètres de dénivelé négatif…

Col de Larche

L’arrivée au col de Larche

La montée au col de Larche

Les fameux « précipices »… des champs de neige !

Et une petite vidéo pour la route !