J’ai l’impression d’avoir commencé un nouveau voyage. En débarquant dans la ville de Shkodër, en Albanie, je retrouve l’atmosphère des pays d’Orient. La lumière soyeuse, les mosquées et les appels à la prière, la vie foisonnante et les échoppes aux pancartes usées, les carrefours où tout le monde n’en fait qu’à sa tête dans un beau bordel fluide, la poussière, les hommes vêtus de noir et de chapeaux. Tout le monde se retourne sur mon passage. Je détonne forcément, malgré ma tentative de ne pas trop ressembler à un touriste.

Dès le lendemain de mon arrivée, je prends la route des montagnes pour traverser le pays d’ouest en est. La route de Burrel grimpe au fond d’un canyon où serpente une rivière verte. S’ouvre dans une large vallée, retrouve un autre canyon, grimpe à nouveau. On a l’impression de monter un escalier géant. Je passe la nuit dans une famille albanaise qui m’accueille, à quelques kilomètres du village de montagne de Burrel. Ils vivent dans une maison posée au milieu d’un champ. Très pauvres, ils hèlent les rares cyclobaroudeurs et les accueillent contre quelques leks, la monnaie locale. Je profite de l’occasion pour découvrir la cuisine albanaise du coin. Poisson grillé, viande de bœuf, patates frites dans le beurre, soupe de fèves, fromage frais, œufs au plat, pain, raki. Tout, à part le poisson et le raki, vient de leur ferme. Les vaches, les poules et les moutons produisent la plupart du repas. Le pain sort tout juste du poêle. Un cyclo, en fin de journée, a faim. Très faim. Mes papilles étaient surexcitées rien qu’à la vue de l’assiette fumante que Xhevrije pose devant moi. J’ai pris sur moi pour prendre la photo avant de dévorer son contenu.

Après le village de Burrel, la route poursuit sa lente ascension vers le col de Bualli, à 842 mètres d’altitude. Toutes les voitures, sans exception, me saluent d’un furtif coup de klaxon et me lancent des encouragements. Les taxis-bus sont nombreux à sillonner les routes albanaises. Ils forment le plus gros de la circulation. Mais on ne peut pas dire qu’il y ait foule sur la route. Dans les champs, comme au Monténégro, l’activité bat son plein, les gens sont dehors et travaillent la terre.

Après le col, je rencontre, à Bulqizë, l’imam de l’une des mosquées. Il me raconte comment la ville s’est développée dans les années 1950 lors de l’ouverture de la mine de chrome, dont on voit les terrils noirs sur la pente opposée. La mine emploie près de 800 personnes, sur les 16000 habitants. Malgré la richesse des sous-sols, la région reste pourtant toujours très pauvre, comme me l’explique Lulzim, un jeune père de famille qui compte sur l’essor touristique de sa vallée pour arrêter de travailler à la mine et ouvrir des activités de pleine nature. La région est superbe. Reculée, sauvage, mais elle mérite la grimpette jusqu’ici.

Les photos :

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Chez la famille près de Burrel :

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