Sur la carte, la route Kangal – Divrigi – Erzincan semble de plus en plus paumée. En fait elle l’est depuis le début et le reste jusqu’au dernier kilomètre. À Kangal, village agricole des hautes plaines, j’ai retrouvé Brigitte et Nicolas et on fait route ensemble depuis 5 jours. Par de belles journées de printemps, on escalade des cols pour les dévaler juste après à plus de 70 à l’heure, on parcourt des montagnes multicolores riches en minéraux et on cherche le bivouac parfait. On fait aussi connaissance avec la race de chiens Kangal, énormes et blancs qui protègent les troupeaux contre les attaques de loups et d’ours. Les mâles portent des colliers à pointes métalliques de 10 centimètres de long pour éviter d’être pris à la gorge par plus gros qu’eux. Une nuit, une petite meute de chiens encercle nos tentes, dévalise la poubelle, l’un d’eux marque son territoire sur ma tente. Ils aboient pendant une bonne demi-heure. J’avoue avoir été un peu terrorisé à l’idée d’ouvrir le zip de ma tente. Au matin, on les a retrouvé pour le petit déjeuner, finalement, ils sont très attachants, ces gros toutous.

À Divrigi, on découvre la Grande Mosquée et le Grand Hôpital, construits en 1240 sur les flancs d’une large vallée. Impressionnant travail de taille de pierre, avec ces arabesques et ces formes végétales qui couvrent les portes monumentales.

Puis la route devient vraiment montagneuse. On franchit des cols à 1700 mètres, 1900 mètres, avec des redescentes dans le fond des vallées à 900 ou 1000 mètres. La carte est d’une imprécision folle, on découvre a posteriori le tracé réel sur mon GPS. Des barrages récemment construits sur l’Euphrate bouleversent les axes de communication, on ne sait pas si les routes qui entrent dans les vallées en ressortent ou bien sont des culs-de-sacs, donc on prend la route des cols, largement au-dessus des cours d’eau… On fait certainement des centaines de mètres de dénivelés en trop, mais peu importe, la route est l’une des plus belles depuis le début du voyage, avec des chaînes de montagnes enneigées à plus de 3500 mètres de tous côtés.

La remontée de l’Euphrate est fantastique. Le fleuve est libre et puissant, gonflé par la fonte des neiges. Une ligne de train sinueuse souligne les méandres du cours d’eau. Un soir, on s’arrête 4 heures avant la nuit sur les rives herbeuses. On a le temps, de la belle lumière, on peut se laver dans le fleuve, admirer les champs de neige et les immenses failles sur la chaîne de montagnes Munzur. Sous les peupliers, autour d’un feu, on chante du Cat Stevens et du Renaud accompagné à la guitare. Nicolas récite du Baudelaire. On a trouvé le bivouac parfait. (Je me suis fait réveillé par les sangliers vers 22 heures, quand même)

Les photos :

 

_DSF2172Plateau près de Kangal

_DSF2184Sur cette photo, on voit un animal poilu qui pique. À côté, un chien blanc.

_DSF2200La Grande Mosquée de Divrigi

_DSF2209La Grande Mosquée de Divrigi

_DSF2221Avec Brigitte et Nicolas

_DSF2235Maisons de terre

_DSF2262Vallée de l’Euphrate

_DSF2286Vallée de l’Euphrate