Agri n’a décidemment pas envie de me voir partir. Vent de face, faux plat montant, je regrette – presque – le confort sommaire de ma chambre d’hôtel. Et puis le voyage reprend son cours, on se réinstalle dans un rythme rodé depuis plus de deux mois, et le paysage se met à défiler lentement.

Aujourd’hui, la carte routière m’annonce l’arrivée prochaine du Mont Ararat, un peu au nord-est. Je le guette pendant toute la matinée, espérant le voir soudain surgir derrière ce rideau de montagnes qui barre l’horizon. Mais le temps est à l’orage. Et les vents sont contraires. Au sol, l’herbe est couchée vers l’ouest, mais les nuages noirs anthracite sautent de montagnes en montagnes, plein est. J’ai l’impression d’évoluer dans les contrecourants d’une gigantesque rivière, ou d’être pris dans le retrait de la vague, celle lame d’eau qui vous prend aux chevilles et vous tire vers l’océan pour nourrir la prochaine déferlante. J’accélère un peu.

Pendant quelques heures, les éclairs et les rideaux de pluie restent derrière et puis, d’un seul coup, l’orage est sur moi. Grêle, pluie battante, la route s’est transformée en rivière. Et c’est là, dans une trouée dans les nuages, que j’aperçois le sommet enneigé, éblouissant, du Mont Ararat. Apercevoir pour la première fois le Mont Ararat en plein déluge, c’est un coup à vous rendre mystique, non ?

Par contre, Noé n’aurait pas dû accepter les chiens dans son arche échouée au sommet du mont. J’aurais préféré. Sur les hauteurs de Doğubayazıt, dernière ville turque avant la frontière iranienne, en face de l’Ararat, j’avais installé ma tente pour la nuit, dans un camping qui sert de camp de base pour les expéditions glaciaires. Le lieu est idéalement situé, au pied du Palais d’Ishak Pasha, l’un des plus beaux de la période ottomane. Trois kurdes m’avaient invité à dîner dans la salle panoramique du restaurant, on avait beaucoup discuté, j’avais bu deux rakis, j’étais plus que bien. Et en allant me coucher, un chien m’a sauté dessus. Un gros chien de berger qui n’a pas apprécié que j’entre sur son territoire, ou alors qui craignait que je lui pique sa femelle. Certes, voyager seul n’est pas romantique tous les jours, mais de là à concurrencer un chien ! … Je n’ai pas eu trop le temps de lui expliquer tout ça, il m’avait déjà esquinté le genou. C’est très superficiel mais j’ai quand même fait un tour aux urgences de la ville pour une piqure antitétanique. C’était l’occasion de visiter les établissements de soins turcs ! J’ai tellement hurlé de peur que j’en ai encore la voix cassée quatre jours après…

Les photos :

OrageL’orage me suit

L'iran La route vers l’Iran !

Le Mont AraratLe Mont Ararat, à gauche

Kurdes d'un petit villageKurdes d’un petit village.

AutorouteAutoroute congestionnée

Palais d'Ishak PashaPalais d’Ishak Pasha

Nuages eccentriques Nuages inconnus

 

Aux urgences :

Aux urgences de Digubayazit

Aux urgences de Digubayazit

Aux urgences de Digubayazit