Pluie, vent et route dangereuse, la combo infernale pour un cycliste : j’ai pris le bus jusqu’à Tabriz : 220 kilomètres –deux jours de vélo- avalés en trois heures. Qu’il est bon de se laisser bercer par le ronron d’un moteur et de regarder les trombes d’eau du fond de son siège.

Le voyage se densifie. J’ai tout à apprendre. L’écriture, les coutumes, les interdits, les bonnes manières, les formules de politesse, la manière d’aborder le flot de circulation, le langage corporel.

À Tabriz, je suis hébergé par Akbar, à l’est du centre-ville. Un petit appartement partagé avec son ami Hamed, aka « Harry Potter », rapport à ses lunettes rondes. Je ne le sais pas encore, mais je viens de débarquer en plein milieu intellectuel iranien. Il est rare que l’on commence une conversation par « Jean-Paul Sartre a changé ma vie » mais c’est bien ce que m’a dit Hamed, profondément attaché au courant philosophique existentialiste. La future femme d’Akbar, Arezou, 25 ans, est deux fois lauréate du Prix de la Francophonie en Iran, en 2013 et 2015 et s’exprime dans un français impeccable. Un ami, Aydin, me liste la série d’auteurs français dont il raffole : Hugo, Maupassant…

D’emblée, j’entre dans le vif du sujet, on peut aborder les questions de religion, de certaines privations de liberté comme les concerts non islamiques ou rien que le fait de porter un short en ville, la place des femmes dans la société. Ce serait trop long d’en faire ici un résumé et certainement prématuré. Je ne suis ici que depuis deux jours, je n’ai aucun recul.

Akbar m’invite le soir même de mon arrivée dans la maison de ses parents, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Tabriz. On est accueilli par sa grand-mère, sa mère et ses tantes, qui disparaissent sous des voiles noirs les couvrant de la tête aux pieds. J’ai commis quelques impairs en serrant la main à des femmes alors qu’elles n’avaient pas elle-même manifesté cette volonté. Ça ne se fait pas, mais Akbar me guide dans cet exercice.

Akbar m’explique aussi que les nombreuses propriétés en bord de route, entourées de jardins et de haies de peupliers les dérobant à la vue, sont utilisées par les gens de Tabriz comme lieux de soirées, loin du regard du pouvoir central. Les restrictions de liberté, selon lui, sont bien présentes et aucun espoir n’est en vue de ce côté là.

Le lendemain, c’est vendredi, jour de la prière et l’équivalent de notre dimanche. Je visite la grande mosquée de Tabriz. Dans une salle longue de plus de 100 mètres et large de 30, flanquée d’immenses alcôves, plus de 3000 hommes sont assis et reprennent en murmure certains passages du discours du mollah, tout petit au fond de la salle, un peu en hauteur dans une tribune surmontée des portraits géants des deux guides de la révolution islamique, ancien et actuel, Khomeini et Khameini. Moment très impressionnant. J’aurais aimé prendre des photos mais c’est interdit.

Les photos :

_DSF3009Arezou et Akbar

_DSF3028Chez la famille d’Akbar.

_DSF3018

Aydin, Ahmed et AkbarAydin, Hamed « Harry Potter » et Akbar

Religieux de TabrizLes religieux devant la mosquée de Tabriz

_DSF3094Dans les rues de Tabriz