Quitter Tabriz à vélo est un enfer. Je balance mon vélo dans la soute d’un bus et roule deux heures, plein sud, pour reprendre la route à Miyandoab. La route 23 file vers le sud-est, grimpe des cols environnés de sommets élevés et érodés, croise parfois des villages kurdes, bas sur l’horizon, presque invisibles dans le paysage avec leurs murs de pisé couleur terre. Plus solitaire que les routes turques, la 23 impose une meilleure gestion du sac de nourriture et de la réserve d’eau. Pendant quelques jours, je la parcours avec les Mercat. Près de Takàb, on nous indique le site zoroastrien de Takht-e Suleyman, considéré comme le site le plus sacré du zoroastrime, une religion monothéiste qui s’est développée au VIIe siècle avant JC en Iran et qui est devenue la religion officielle de l’empire sassanide, jusqu’à la conquête par les arabes. Selon Wikipédia, « Zoroastre, le fondateur du zoroastrisme, n’a jamais prétendu être un prophète, il s’est contenté de donner des directions de recherche spirituelle. Les zoroastriens considèrent que leur dieu n’a pas besoin d’adoration, pas besoin d’intermédiaires, ne joue pas de l’ignorance des peuples. »

Thomas, un géologue allemand qui tente de reproduire les techniques de fabrication du mortier de chaux utilisé sur le site de Takht-e Suleyman, nous livre quelques pistes de réflexion sur la vie du site, à l’époque des zoroastriens. Au milieu de l’enceinte fortifiée, un lac de résurgence, très profond et nourri par une arrivée d’eau souterraine, garantit l’arrivée de l’eau sur le site, pourtant situé sur une levée de terrain et entourée de mosaïques de vergers. Non loin de Takht-e Suleyman, une montagne de calcaire, la « prison de Salomon », est entièrement vide, comme un puits volcanique vidé de sa lave. 80 mètres d’à-pic ! Un lac suspendu et une montagne vide, deux raisons d’installer ici un site fortifié, dédié au premier culte monothéiste.

Une piste magnifique nous ramène à Takab. Le paysage de cette région de l’Iran, entre Azerbaïdjan et Kurdistan, est très verdoyant, tacheté de petites parcelles de blé, de vergers et piqueté du rouge des coquelicots en fleur. Très bucolique comme ambiance. Par contre, on n’évite pas de gros orages, accompagnés de vents violents, de pluie et de grêle.

Passée la frontière iranienne, les lieux de convivialité deviennent rares, voire inexistants. Il y a quelques jours, en Turquie, on pouvait passer sa journée au salon de thé, à se prélasser pendant des heures. Ici, on se rend compte que l’on ne s’assoit quasiment jamais. Pas ou peu de bancs publics, pas de lieux de réunion. Soit on roule, soit on mange notre pique-nique à midi, soit on dort. Pour l’instant, en tout cas. Peut-être que ça va changer en s’approchant d’Ispahan. Avec les Mercat et Daniel, un hollandais de 32 ans, photographe et passionné de cinéma avec qui on roule depuis quelques jours, on se dégote parfois un petit restaurant pour s’asseoir, recharger les batteries, se reposer un peu. Mais rouler à 4 n’apporte pas les rencontres que l’on fait seul. Si la compagnie et les discussions sont intéressantes, on doit faire des compromis, refuser des invitations… Demain, je repars de mon côté vers Ispahan, 500 kilomètres au sud.

 

Le site de Takht-e Suleyman :

Takht-e Suleyman

Takht-e Suleyman

Takht-e Suleyman

Sur la route 23 iranienne :

Coquelicots

Village kurde

Village kurde

Village kurde` Village kurde

Enfant kurde