Depuis que j’ai quitté Ispahan, je n’ai passé qu’une seule nuit sous tente. C’était beau, je n’avais pas mis le double-toit et j’ai longtemps regardé les étoiles, flotter au-dessus du verger de pommiers. Toutes les autres nuits, les iraniens m’ont ouvert leurs portes. Un soir, c’était une famille d’agriculteurs dont les enfants de mon âge étaient revenus pour quelques jours. J’ai passé 36 heures avec eux, à apprendre des mots de farsi et à regarder la course du soleil au-dessus des hautes plaines. Un autre, c’était sur le tapis poussiéreux de cultivateurs de patates, qui ont passé des heures à fumer les vapeurs de petits carrés d’opium à travers de longues pipes, en le mettant en contact avec un tison chauffé à blanc sur un camping-gaz. Ils ont discuté jusque tard dans la nuit, j’ai dû m’exiler dans la pièce voisine pour pouvoir dormir, la tête coincé entre deux sacs de pommes de terre.

Ici, c’est le territoire du peuple Kashkaï, anciennement le plus grand peuple nomade au monde, aujourd’hui largement sédentarisé, qui prenait ses quartiers d’été sur ces hautes terres, entre Ispahan et Shiraz, à 2200 mètres d’altitude. On voit souvent leurs tentes et leurs petits corrals pour les troupeaux de moutons, des confettis dans l’immensité du paysage.

Un midi, j’ai rencontré Jawad, ou plutôt il a arrêté sa voiture devant moi, en bord de route. Il m’a invité à déjeuner chez lui, dans sa maison avec jardin, dans un petit village posé sur les bords d’une grande plaine. Je pensais qu’on allait être en tête-à-tête. Que j’allais reprendre la route de Shiraz dans la foulée. Pas du tout. Je suis tombé en pleine fête de famille et j’y suis resté trois jours. La jour de la mort de l’ayatollah Khomeini est férié. Inespéré pour un voyageur solitaire : passer ses journées dans une maison où on entend des rires dans toutes les pièces, avec près de 25 personnes, la mère, la grand-mère, les 4 sœurs et les 3 frères, les oncles et tantes, leurs enfants, les cousins, à tourner autour de la maison en suivant l’orientation du soleil, l’étirement et la disparition des ombres. Le matin contre le mur du fond du jardin, le midi sous l’arbre central, le soir blotti contre la maison. Boire des thés brûlants, jouer au volley à la tombée du jour jusque tard dans la nuit, partager des repas gargantuesques, assis en tailleur dans la grande salle principale. Gravir la montagne voisine à 6 heures du matin pour prendre son petit-déjeuner au sommet, le thé chauffant sur un feu de bois sec, puis redescendre avant les chaudes heures de la journée.

Et quel plaisir de voir enfin les femmes sans leurs voiles. Des cheveux, des formes, de la féminité ! Les hauts murs qui entourent la propriété protègent bien plus des regards extérieurs que de l’intrusion d’un éventuel cambrioleur. Les jardins privés délimitent les espaces de liberté des iraniens. L’alcool, pourtant absolument interdit, circule autour du feu de joie. Ici, j’ai compris que les iraniens ont deux vies. Une publique et une privée. Il fallait franchir les murs de cette maison pour en faire l’expérience. Quelle étrangeté, une fois le week-end terminé, de voir les femmes se couvrir et changer de visage…

J’ai été adopté par la famille. Une fois à Shiraz, l’oncle et la tante de Jawad, Ali et Maryam, m’ont invité pour visiter la ville. J’y suis toujours…

Les photos. (Toutes les photos d’Iran ICI)

Berger KashkaïBerger Kashkaï

MoutonBarbecue en devenir

Campement KashkaïCampement Kashkaï

Campement Gouyou

Campement Gouyou

Chez Muhammad :

Invité chez Muhammad

Invité chez Muhammad

Invité chez Muhammad

Invité chez MuhammadPlantation de patates

Femme KashkaïSharnaz, femme Kashkaï

Invité chez Muhammad

 

La fête de famille chez Jawad :

Trois jours chez Jawad

Maryam

Préparation du repas

Jeux

Préparation du repas

Repas de famille

Volley

Le thé au feuLe thé au feu !