Prendre deux avions au milieu d’un voyage à vélo, ça casse un peu la lente transformation du paysage à laquelle on est habitué. En quelques heures, je me retrouve propulsé à 800 kilomètres au nord de Téhéran, sur les rives de la mer Caspienne. Aktau, Kazakhstan, ancienne république socialiste soviétique. Je ne comprends plus un mot, à part « niet », « da », et « spoutnik », puisque j’ai évoqué les satellites de mon GPS… Les yeux s’étirent au-dessus des hautes pommettes, les nez s’aplatissent, la vodka remplit les étagères des supermarchés (raccourci de quelqu’un qui n’a pas vu d’alcool vendu légalement depuis plus de 6 semaines). Bref, je suis en Asie centrale. Il faisait nuit noire, le soir de mon arrivée, lorsque j’ai trouvé mon « hôtel ». Une piaule au rez-de-chaussée d’une petite barre d’immeuble, dans le mikroraion 3, le quartier 3 de la ville. Mon voisin, un grand russophone aux yeux bleus, torse nu, bedonnant et transpirant, m’assène de questions. Je n’ai rien compris mais la tentative de conversation se termine en rigolade.

Le lendemain, c’est l’organisation de la suite du voyage. Dès la sortie de la ville débutent les steppes d’Asie centrale, interminables. Comment traverser 1000 bornes de désert ? Pas à vélo. Après avoir lu quelques blogs de cyclos, je me rends compte que je n’ai pas le temps (ni ne suis capable) d’affronter ces kilomètres tout seul. Autre option, que j’ai adoré : le train.

Un train, un vrai, un qui fait « calac-calac… calac-calac…calac-calac… » des milliers de fois dans les steppes démesurées. Avec une chef de wagon responsable à la fois de la vérification des billets, habillée en uniforme de contrôleuse, casquette et chemise blanche impeccable, et du maintien de la propreté dans le wagon, fichu sur la tête et balai en main. Puisqu’il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre l’arrivée à Beïnéou, 8 heures plus tard, on passe le temps. Chacun a une couchette avec draps et oreiller, on peut se servir d’eau bouillante à volonté à la grosse bouilloire en tête de wagon (pratique pour les nouilles chinoises), on rencontre ses voisins. Le train est divisé en deux dans la longueur, des compartiments largement ouverts d’un côté, une rangée de couchettes contre la fenêtre de l’autre. Des vendeurs ambulants parcourent la rame avec des cigarettes, des chargeurs de téléphone, des jouets pour enfants, de la soupe dans des grandes , du pain en galette…

J’avais entendu parler de ces steppes, de leur gigantisme. Mais l’image que je m’en faisais était loin en-dessous de la réalité. Voir défiler cette platitude absolue, des heures entières, est stupéfiant. On lit 100 pages, le même paysage. On dort deux heures, toujours le même paysage.

On se demande pourquoi il y a une ville, ici, au milieu des steppes. Mais je suis bien arrivé à Beïnéou, centre administratif de l’oblys du Manguistaou, au sud-ouest du Kazakhstan. Une ligne de chemin de fer, quelques rues en grille. Tout le monde descend, ou presque. Le vent chaud forme des congères de sable sur le bord des rues. 6 heures du soir, soleil toujours frappant, vélo chargé, il n’y plus qu’à s’enfoncer dans les steppes, sud-est en direction de l’Ouzbékistan, et de trouver un endroit où planter la tente. (Ma nouvelle tente : j’ai oublié la mienne à Téhéran, elle voyage en ce moment dans un bus vers Mashhad, Iran, où mes amis Nicolas et Brigitte la récupèrent pour la laisser dans un hôtel de Samarcande, Ouzbékistan… )

10 bornes plus loin, j’avise le premier et seul lieu habité que je rencontre après ma sortie de la ville. C’est un complexe de trois bâtiments, utilisés par les ouvriers de la ligne de chemin de fer. Un dortoir, un réfectoire, un hangar, posés entre la piste et la voie ferrée. Le soir, je suis invité pour prendre une douche et un dîner de viande et de patates. Le lendemain matin, le gardien me convie pour le petit-déjeuner. Un bol de semoule sucrée et du pain. L’accueil commence bien ! Demain, l’Ouzbékistan.

Aktau, Kazakhstan :

Aktau, Kazakhstan

Aktau, Kazakhstan

Le train :

Train à travers les steppes

Steppes

Train à travers les steppes

Vie à bord

La piste dans les steppes :

38°C, pas df'eau et pas un village à l'horizonPiste solitaire dans les steppes. Expérience extraordinaire !

Dromadaire le long de la pisteLes animaux qui me tiennent compagnie

Déjeuner avec le gardien du campement de travailleursLe gardien du campement de travailleurs

Campement Ma nouvelle tente, provisoire heureusement…