Entrer en Mongolie par le poste-frontière de Tarkshken, c’est comme débarquer sur la lune. La combinaison de cosmonaute en moins. C’est mieux pour faire du vélo…

Pendant deux jours, la route A14 suit une trajectoire ouest-est, en lisière du désert de Gobi. Au sud, des montagnes de pierre sont à moitié ensevelies sous des montagnes de sable. Le paysage est dantesque. Tellement vaste qu’on a du mal à se repérer dans l’espace. Tellement sec qu’on descend des litres de thé et d’eau. Parfois, une ville apparaît, comme une oasis. On y fait quelques courses, puis on poursuit son chemin. La route est impeccable, un ruban d’asphalte parfaitement lisse, construit il y a deux ans par les Chinois qui veulent relier la Chine et la Russie en traversant l’est de la Mongolie. Puisque le trafic est quasiment nul, c’est en quelque sorte la plus belle piste cyclable qui soit.

On roule dans un paysage désolé et puis une rivière apparaît, on la remonte vers le nord en s’engouffrant dans une étroite vallée. En quelques mètres, on passe du désert total à un espace de vie linéaire, le long du cours d’eau. Il y a quelques yourtes, des troupeaux de yacks, de rares arbres au feuillage jaune vif. Et on se rend compte qu’on a basculé en automne.

Le désert est derrière, mais le paysage est toujours semi-désertique. La steppe rase tapisse la vallée qui s’élargit peu à peu. Au-dessus de 1500 mètres d’altitude, les arbres disparaissent tout à fait.

Un soir, je m’arrête dans un village, Bayandzürh, au pied d’un col venté. Huit maisons en dur et 6 yourtes jetées dans une grande plaine. L’une des maisons est l’hôpital, l’autre une salle de fitness… Je suis accueilli dans l’une des yourtes, chez Ganbaatar et sa femme. C’est ouvert à tout le monde, les habitants du village –ils sont 10, peut-être 20- passent, discutent en buvant un bol de thé au lait ou s’invitent pour le repas. Pour moi, c’est la plongée dans la culture mongole. Tout est nouveau, la cuisine, les vêtements, la vie d’éleveur de yacks, la langue, le paysage, le froid qui devient mordant la nuit. Le voyage est tellement dense par rapport à la traversée du désert de la semaine passée. Les hommes sont très beaux, habillés de leur « deel », le long manteau traditionnel des nomades mongols, serré à la taille par une bande de tissu de couleur vive, qui descend sur de hautes bottes noires.

Ce soir, Ganbaatar me fait vivre ma première expérience d’éleveur de yack. On doit ramener les petits qui gambadent sur les hauteurs de la montagne avoisinante. La logique, c’est que si les petits reviennent, les adultes suivront et la traite pourra commencer. J’ai deux petits à guider vers la yourte, sur quelques centaines de mètres, pas trop dur pour mon premier cours. Les adultes arrivent ensuite d’on ne sait où, surgissant de la plaine, en file indienne. Les mâles adultes sont les plus impressionnants, avec leurs longs poils qui touchent presque le sol et leurs cornes effilées longues de 50 centimètres.

Un mouton est tué l’après-midi, le soir on se réunit dans la salle communale –la salle d’attente de l’hôpital, qui a deux pièces- pour un véritable festin, éclairé à la bougie et arrosé de quelques verres de vodka mongole, faite maison, très douce au goût comparée au tord-boyau russe. Une grande bassine de métal est remplie des abats bouillis : cœur, foie, rognons, intestins, tout est là. On y va à pleines mains, les couteaux plongent dedans, je me demande comment on finit la soirée avec tous nos doigts.

Jusqu’à présent, tout ce que j’ai mangé est à base de mouton et de lait de yack. Les buuz, sortes de gros raviolis à la viande et au gras, le tsuivan, pâtes à la viande, seul plat mongol avec quelques légumes, carottes et oignons. Je passe la nuit seul dans une yourte, sur un matelas de feutre. À mes pieds, un mouton en pièces détachées. Je dors dans le garde-manger… Le lendemain matin, on finit les restes de la veille en les plongeant dans un bol de thé au lait fumant. Le gras surnage, ça fait des cercles à la surface. À déguster sans modération, c’est bon !

Après 60 kilomètres de route, j’ai du revenir à Bayandzürh, en stop, avec l’un des quatre camions croisés pendant la journée. J’avais oublié mon tapis d’Ispahan. Pas question de le laisser derrière. J’ai donc passé une deuxième soirée au village. Avec Ganbaatar, on est remonté chercher les yacks. Cette fois, je devais ramener un troupeau d’une dizaine de petits. Ils ont vite compris que j’étais un novice. Ils se sont fait la malle au galop, j’ai du leur courir après à travers la steppe pour les ramener à la yourte. À la fin, je poussais 25 bêtes, j’avoue que je flippais pas mal quand les mâles adultes se retournaient pour voir qui leur criait dessus…

Les photos :

En lisière du désert de Gobi :

Lisière du désert de Gobi

Lisière du désert de Gobi

Cyclos français rencontrés dans le désertRencontre de trois cyclobaroudeurs français

Lisière du désert de GobiPause du midi

Dans les villages :

Mes jeunes profs de mongolMes jeunes profs de mongol

À UyenchÀ Uyench

À UyenchÀ Uyench

En remontant la rivière : Route chinoise en Mongolie

Bivouac de oufBivouac parfait. Rivière, soleil, herbe.

Plus haut dans la vallée :

Stand de tir à l'arcStand de tir à l’arc des siècles passés

Les hommes en "deel"

À  Bayandzürh :

La yourte

Dans la yourte

Dans la yourte

Dans la yourte

La cuisine mongole :

Préparation du thé au lait

Le thé au lait

Dans la yourtePréparation du tsuivan

Dans la yourtePréparation du tsuivan

Cuisine mongolePréparation des buuz

Cuisine mongoleLes buuz

Buuz, Cuisine mongole

Première expérience de berger, avec Ganbaatar : Expérience de berger

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Avec GanbaatarGanbaatar

Les petits yacksLes petits yacks