Si l’expression « on devient ce que l’on mange » est vraie, alors je serai bientôt un mouton bien gras avec un bol de thé au lait à la main. Vous avez l’image ? C’est le régime alimentaire que je suis depuis plus de 10 jours, ça aide à contrer les températures qui descendent régulièrement au-dessous de zéro pendant la nuit.

Après la traversée de la chaîne de l’Altay, je suis maintenant en pleine traversée de l’autre chaîne montagneuse, la Hangay, celle-ci plus épaisse, plus froide, et qui ne connait pas l’asphalte chinois que j’ai suivi jusqu’à présent. Désormais, je roule sur des pistes, certaines très ensablées, qui traversent des paysages toujours aussi vastes et reculés. Je ne vois souvent que 3 ou 4 voitures par jour. Une yourte de temps en temps, des villages aux toits multicolores tous les 50 à 70 kilomètres, soit une journée de piste à vélo. La solitude est très grande, j’en profite, je sais que ça ne va pas durer.

À la caisse d’un supermarché d’Uliastay, la première grande ville -20 000 habitants- depuis 300 kilomètres, j’ai revu par hasard un couple d’américains que j’avais rencontré le 20 août dernier à Karakol, près du lac Issyk Kul, au Kirghizstan. Les cyclos suivent souvent les mêmes routes paumées. On a roulé une journée ensemble, puis j’ai poursuivi ma route.

Le temps a changé, on est en automne et les journées ensoleillées se font plus rares. Il y a quelques jours, je me suis fait surprendre par une tempête de neige en haut d’un col, vers 2200 mètres. J’étais tout content, au début, ça faisait très « man vs. wild », les flocons tombaient en pattes de chat, et puis je me suis rendu compte que mes gants n’était vraiment pas imperméables et que je ne sentais plus mes pieds. Après deux heures de pistes sablonneuses et un petit col où j’ai du pousser le vélo, je suis arrivé gelé à la porte d’une yourte. Il était 19h30, il faisait quasiment nuit, j’avais allumé mes phares pour la première fois du voyage… Les propriétaires m’ont recueilli, et j’ai continué ma transformation en mouton au bol de thé.

D’ailleurs, si ça continue, je vais oublier comment se monte ma tente. Je passe toutes mes nuits dans des yourtes d’éleveurs de yacks, de chèvres et de moutons. Le schéma est toujours le même. Je m’approche de la yourte, les chiens se mettent à aboyer, je reste à 30 mètres, me présente, les gens sortent de la yourte, calment les chiens, je peux ensuite poser le vélo et entrer me réchauffer près du poêle. Hier soir, j’ai été invité par une famille qui vit sous un col à 2000 mètres, dans la région boisée de Tosontsengel. Les montagnes de la région sont couvertes de mélèzes dorés par l’automne. Le matin, je me suis levé à 7h, juste avant le lever du soleil, tout était givré, même les animaux, il avait neigé sur les hauteurs et la lumière sur les mélèzes semblait irréelle, les arbres jaunes se détachaient sur les restes de nuages de pluie. Je n’arrête pas de répéter, tous les jours et plusieurs fois par jour : « mais là, c’est encore plus beau, non ? »

Les photos

Les pistes de Mongolie :

Pistes mongolesJ’ai pris à gauche…

Pistes mongoles

Pistes mongoles

Pistes mongoles

Portraits :

PortraitsPetite fille sur la piste d’Uliastay

Portraits

Père de famille

PortraitsSon fils

PortraitsFamille d’éleveurs

RencontresÉleveurs surveillant les troupeaux du sommet d’une butte

Skogur se prend pour un yackSkogur se prend pour un yack

13000 bornesLa neige

Les matins en Mongolie :

Tôt le matin0°C, neige sur les hauteurs.

Lever de soleil sur yacksLever de soleil sur yacks

Lumière du matin sur les mélèzesLumière dorée dans les mélèzes

Au matin dans une vallée de MongolieAvant la traite

CanyonCanyon