C’est déjà novembre. Le plafond bas des nuages colle à la Terre, l’humidité s’infiltre partout, les routes d’Alsace sont droites et joliment boisées. À Mulhouse, je retrouve mon amie Valentine, pour parcourir ensemble les dernières centaines de kilomètres jusqu’à Lyon.

Suivre les canaux de l’Eurovélo 6 n’est pas franchement folichon, vite on se rabat sur les hauteurs des contreforts du Jura, accrochons l’extrême nord-ouest de la Suisse, où la neige recouvre déjà la campagne vallonnée, avant de basculer sur Besançon à travers les gorges de la Loue. On est souvent hébergés en Warmshowers ou chez des agriculteurs qui nous ouvrent les cabanes d’été de leur camping à la ferme. Atmosphère glaciale, les températures ne dépassent jamais 2°C.

Oulan Bator paraît déjà loin, un peu flou avec la distance qui s’agrandit de jour en jour. En roulant, il y a des moments où 10 000 idées et images me bombardent le cerveau. Je retrace le cours de journées particulières, laissées 10 000 bornes derrière moi. Mais souvent, je ne pense à rien. Je repousse l’envie de trop penser, de terminer la boucle mentalement. Je sais que ça va prendre un peu de temps, de toute façon.

À Chalon-sur-Saône, je sais que l’arrivée est proche. Je retrouve des chemins déjà parcourus, j’ai l’impression de me remettre sur le rail de ma « vie d’avant ». C’est assez plaisant.

On suit la Saône pendant deux jours, plein sud. Le 19 novembre, Gaëlle nous rejoint et nous

nous invitons chez mes amis Pauline et Nicolas à Villefranche pour la première soirée de retour. Demain, c’est Lyon.

Un fort vent de sud remonte le couloir de la Saône le 20 novembre. On plafonne à 15 km/h avant de retrouver, à l’île Barbe, 6 autres amis. On déboule à Lyon à 8 cyclos et une remorque avec un enfant de quelques mois.

Soudain ce sont les immeubles colorés sur la Saône, puis les rives du Rhône, le quartier de la Guillotière, les rues 1000 fois empruntées, les cafés, les rails du tram.

Soudain, sur la place Mazagran quitté 9 mois et un jour plus tôt, il y a mes parents, mes amis, le Champagne et le Cerdon sont partagés. Premiers mots, premiers récits, accolades, sourires, yeux qui pétillent.

Soudain, c’est fini.