Liste non exhaustive des savoirs inutiles. Ou pas, d’ailleurs.

Vautours

Dans les plaines de Mongolie, on repère les carcasses d’animaux morts à des kilomètres grâce au vol tournoyant de nuées de vautours, qui se rassemblent par dizaines, dès qu’un animal passe l’arme à gauche. On trouve aussi des corbeaux et même des pigeons, qui ont du confondre avec les bouts de pain jetés par les grand-mères dans les parcs des villes. Sont cons, ces pigeons…

Glace

En partant de Harhorin, l’ancienne capitale mongole, en compagnie de Rachel et Patrick, il faisait -5°C et la route était pleine de neige mouillée. Avec les projections des roues, le galet du dérailleur et les câbles de changement de vitesse se sont retrouvés bloqués, pris dans une épaisse gangue de glace. On devait s’arrêter pour faire tomber la glace à coups d’outils en métal, jusqu’à ce que la température passe au-dessus de zéro.

Fruits savants

Si vous débarquez dans une ville de Mongolie par une piste défoncée et que vous voulez savoir si la suite du voyage se fera sur route asphaltée, allez au magasin de fruits et légumes. L’état de la marchandise vous donnera celui de la route.

S’ils sont tous cabossés, écrasés, réduits en bouilli, c’est mort, la ville est cernée par des pistes chaotiques.

Mais si même les bananes n’ont pas une égratignure, vous avez peut-être une chance que la route plate et lisse soit celle que vous prendrez.

Le jour d’avant

Quand je suis en Mongolie et que je skype mon frère Maxime, on a 15 heures de décalage horaire. Je suis en train de déjeuner quand lui, au Yukon, vient de finir de dîner, le jour d’avant. Et si je voulais le rejoindre, ce serait plus court de continuer mon chemin vers l’est.

C’est ça, une famille éclatée ?

Transformisme

Si l’expression « on devient ce que l’on mange » est vraie, alors je serai bientôt un mouton bien gras avec un bol de thé au lait à la main. Quelques semaines en Mongolie suffisent pour atteindre cet état. Bêêêêh.

Aimant

Oulan Bator agit sur moi comme un aimant. Plus je me rapproche et plus je roule longtemps, chaque jour, pour arriver à destination. La frénésie de l’arrivée, mêlée de l’appréhension de la fin du voyage.

Téléphone arabe

Les cyclonautes fonctionnent en communauté. En se croisant, on se refile les bons tuyaux, l’adresse des meilleures guesthouses ou magasins de cycles de la prochaine ville, on prend des nouvelles d’amis qui roulaient dans l’autre sens et qui sont maintenant à des milliers de kilomètres. On sait aussi qui a la tourista, qui a mal au genou, qui est arrivé à destination, qui a décidé de poursuivre la route au-delà de son objectif initial.

On est un peu une famille, quoi. Avec ses histoires, ses secrets, ses drames, ses réussites et ses échecs relatifs…

Hourvari

L’autre jour, sans m’en rendre compte, je me suis retrouvé en plein milieu d’un mot que je ne connaissais pas : un hourvari. Une tempête forte mais de courte durée. J’aurais appris quelque chose, en Mongolie…

À l’origine, un hourvari est la ruse animale qui consiste à revenir sur ses pas pour mettre en déroute ses poursuivants. Je ne sais pas comment on en est arrivé à une « tempête forte mais de courte durée »…

Erratiques

En Turquie, en Iran, en Asie centrale ou en Mongolie, il y a parfois de grosses pierres en plein milieu de la route, surtout quand elle est en pente. Les camions en panne les utilisent pour caler les roues et les oublient lorsqu’ils s’en vont.

Certaines voitures les évitent. D’autres non. Nous, à vélo, on s’en fout. Ça pimente un peu le trajet.

Bike Lag

Ah vous pensiez qu’on ne pouvait pas être « jetlag » en vélo parce qu’on roule trop lentement ? Faux !

Quand on passe du Kazakhstan à la Chine, on perd deux heures, et on est tout décalé. On est « bikelag », quoi… ouaich gros !

Memory

Si vous devez traversez des zones plates et monotones, pensez à imprimer les paroles de votre chanson favorite pour l’apprendre par cœur. Ça fera passer le temps et travailler l’esprit. J’ai pris du rap, il y a du texte : IAM et MC Solaar.

« Je suis le fils de Jaffar, le sale rejeton de Dark Vador, le grand cador du maniement du mic,’ j’adore… » (L’Empire du coté obscur, IAM, album L’École du Micro d’Argent)

Duvet mensonger

Si votre duvet vous dit que vous pouvez dormir par -7°C en toute quiétude, ne le croyez pas. Votre duvet vous ment. Déjà à -4°C je me réveillais toutes les heures, j’avais l’impression qu’on me plantait des aiguilles dans le corps.

Fatigue

Rouler 200 bornes en plein désert,  sur terrain plat, vent dans le dos, ou 45 bornes dans les Pamirs, sur les pistes défoncées du Tadjikistan, prend le même temps : 7 heures environ.

Sommets anonymes

Au Tadjikistan, les sommets de moins de 5000 mètres ne portent souvent pas de nom. Ils sont tellement petits par rapport aux géants de 7000 mètres qui les entourent que ça ne vaut même pas la peine de les nommer.

Tape-cul

Les amortisseurs des voitures rentrent en résonance avec la piste et créent des vagues très régulières qu’on appelle « tôle ondulée » en français, « washboard » en anglais, « tape-cul infâme » en Gouyou.

Trafic

En fermant les yeux, on a l’impression d’une conduite rapide mais souple, qui balance de droite à gauche, avec quelques légers ralentissements. Très agréable. Mais dès qu’on les ouvre, on se retrouve dans un trafic mouvant, lancé à 100 à l’heure sur une trois-voies au milieu d’Ispahan. Les lignes blanches sont ignorées, on double comme on peut, on frôle les autres voitures, les gros camions Mercedes, hauts sur pattes, balancent des nuages noirs de fumée âcre. Et bizarrement, c’est fluide !

Hallucinations

Si l’on fixe assez longtemps le défilement de la route, juste devant la roue avant, lorsqu’on relève les yeux, le paysage semble fuir à toute vitesse. Ça fait bizarre, la première fois. On a l’impression d’être saoul. Et en Iran, être saoul n’est pas toléré.

Dromadaires

Ayant croisé quatre caravansérails en une journée sur les routes de Perse, on peut dire qu’un voyageur à vélo sur asphalte se déplace 4 fois plus vite qu’un voyageur en dromadaire sur une piste. Bonus : le vélo n’a pas besoin d’être nourri, à la différence du « vaisseau du désert ».

Attroupement

Même dans les villages les plus déserts, que ce soit en Turquie ou en Iran, si l’on s’arrête pour faire de l’eau ou juste faire une pause, un attroupement se forme en quelques minutes. Et plus on roule en nombre, plus l’attroupement est important. Lorsqu’on roulait à 4, on se trouvait entouré d’une quinzaine de personnes.

Sueurs froides

Même par 30 degrés sous un soleil de plomb, il est possible d’avoir un peu de fraîcheur en plein désert. Il suffit d’apercevoir un gros serpent qui traverse la route, de le voir glisser au milieu de l’asphalte et de n’avoir pas le temps de faire un écart. Il a fait brusquement demi-tour pour retourner dans les broussailles mais pendant 500 mètres, j’ai eu des sueurs froides. Les serpents sont les climatiseurs du désert.

38,5 km/h

Vitesse de pointe de trois gros chiens Kangal lancés à mes trousses. Quand je me suis retourné, ils étaient déjà lancés, il a fallu dépasser cette vitesse critique pour les distancer.

Çay

Le thé turc. On peut s’en voir proposer 5 à 10 par jour ! Excellent moyen d’entrer en contact avec les turcs. Si on ne dit pas « stop », on peut se faire resservir toute la journée, il faut savoir arrêter !

Pourcentage inconnu

Souvent, les panneaux turcs n’inscrivent pas le chiffre du pourcentage de la montée qui vient. Une façon de ne pas trop effrayer les cyclos ?

2

En litres, la quantité d’eau nécessaire pour la douche du soir. La poche à eau suspendue à un arbre est un système testé et approuvé.

82 km/h

Vitesse de pointe dans la descente du col de Tebepasi, 2057 mètres d’altitude, en direction d’Erzincan. Ça dépote grave !

Domaine des dieux

La haute chaîne de montagnes blanches, qui barre l’horizon au sud lorsqu’on vient de Macédoine, c’est le Mont Olympe, le domaine des dieux de la mythologie grecque. À 2917 mètres d’altitude, c’est le point culminant de Grèce.

Saison

Lorsqu’on croise un autre cycliste en sens inverse et qu’on a le vent dans le dos, on a une saison de décalage. Lui est en hiver, pull, bonnet et l’air concentré. Nous on est au printemps, t-shirt et sourire béat.

23 km/h

C’est la vitesse approximative d’un chiot. Si vous accélérez, il lâchera l’affaire et cessera de vous courir après. Les adultes courent plus vite. Ils font aussi un peu plus peur.

Distances

Ne jamais se fier aux distances indiquées sur les panneaux de signalétique italiens. C’est un coup à perdre le mental. S’ils indiquent Cremona à 60 km, 10 bornes plus loin ce sera 73. Mais… pourquoi ?

Lever le camp

Qu’importe que l’on se presse ou non, l’intervalle entre le réveil et le départ semble incompressible et est établi à 1 heure.

Vent

Le vent catabatique de Croatie, la bura, est capable d’arrêter la course d’un vélo -18kg,  lesté de 25 kilos de matériel et du poids du cycliste -72kg, soit 115 kilos, en quelques secondes. Si l’on est a l’arrêt dans une rue en pente montante et que l’on actionne uniquement le frein avant, le vélo dérapera en arrière. La bura atteint aisément 100 km/h.

Café

Un café coûte en moyenne 1,30€ en France. 1,20€ en Italie, 1€ en Croatie, 80 cents en Macédoine. On va me l’offrir en Mongolie ?

Mise à jour : la réponse est « non », car les Mongols m’offrent du thé au lait.

Vitesse

Le guidon de Skogur (mon vélo) tremble à 35 km/h. Pas à 34 ni à 36. Faire en sorte de ne pas rouler à 35 km/h.

Frontières

Passer une frontière d’un pays européen, hors saison touristique, prend environ 32 secondes. 4 de plus s’il faut tamponner le passeport.

Gargantua

Un plat de pâtes de 250g, accompagné de 3 côtes de porc, un quart de litre de crème fraîche, deux bières de 50cl et d’un gâteau au chocolat de 300g ne fait pas lever un sourcil à un cyclo. Il mangera le tout et vous demandera ce qu’on mange en plat de résistance.

Forêts

Les chênes, parce qu’ils gardent leurs feuilles d’automne, paraissent en retard par rapport aux autres arbres qui entrent pleinement dans le printemps. Il serait temps de se mettre à jour !

Bronzage

Si vous roulez vers l’Est, vous serez majoritairement plus enclin à mettre de la crème solaire sur la partie droite de votre corps.

Sol mouvant

Si le sol se met soudain à bouger de manière erratique devant vos roues, c’est que vous roulez au milieu d’un troupeau de poules qui s’égayent en tous sens. Freiner pour éviter d’en percuter une ou trois.